Moto et scooter : pourquoi les deux-roues restent-ils si exposés aux accidents ?

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Moto pour partir en balade, scooter pour traverser la ville, cyclomoteur pour les premiers déplacements autonomes : les deux-roues motorisés répondent à des usages très différents. Ils ont pourtant un point commun : en cas d’accident, leurs utilisateurs sont beaucoup plus vulnérables que les occupants d’une voiture.

Les chiffres de la sécurité routière le montrent clairement. En 2024, les motos et scooters ne représentent qu’une petite fraction du trafic motorisé français, mais une part très importante des personnes tuées ou gravement blessées.

720 utilisateurs de deux-roues motorisés tués en 2024

En France métropolitaine, 720 usagers de deux-roues motorisés sont morts dans un accident de la route en 2024, selon le bilan définitif de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière.

Parmi eux, 597 étaient motocyclistes et 123 cyclomotoristes.

Les utilisateurs de deux-roues motorisés représentent ainsi environ 23 % des 3 193 personnes décédées sur les routes métropolitaines en 2024.

Leur poids dans le trafic est pourtant très inférieur : motos, scooters et cyclomoteurs représentent moins de 2 % du trafic motorisé.

Les données des accidents corporels peuvent être explorées localement sur l’observatoire des accidents de la circulation https://accident-circulation.fr/, qui exploite notamment les fichiers BAAC pour permettre d’étudier l’accidentalité par région, département ou commune.

Environ 5 400 blessés graves en une seule année

La mortalité ne constitue qu’une partie du problème.

En 2024, l’ONISR estime à environ 5 400 le nombre d’usagers de deux-roues motorisés gravement blessés.

Ils représentent 32 % de l’ensemble des blessés graves de la circulation et jusqu’à 36 % des personnes blessées qui conserveront des séquelles un an après leur accident.

Ces proportions sont particulièrement élevées au regard du faible poids des deux-roues motorisés dans la circulation.

La raison tient en grande partie à l’absence de carrosserie. Même équipé d’un casque, de gants et de vêtements adaptés, un motocycliste reste directement exposé lors d’une chute ou d’une collision.

Les motos de plus de 125 cm³ concentrent une grande partie des décès

Tous les deux-roues motorisés ne présentent pas le même profil.

Parmi les 720 usagers décédés en 2024, 72 % circulaient sur une moto lourde de plus de 125 cm³.

Les motocyclistes représentent à eux seuls 597 décès, contre 123 pour les cyclomotoristes.

La situation des cyclomoteurs mérite néanmoins d’être surveillée : 95 cyclomotoristes avaient été tués en 2023 contre 123 en 2024, soit une hausse proche de 30 % en seulement un an.

À plus long terme, le bilan est meilleur. Entre 2019 et 2024, la mortalité des cyclomotoristes a diminué de 8 % et celle des motocyclistes de 3 %.

Les routes hors agglomération sont particulièrement meurtrières

C’est en dehors des villes que se concentre la majorité des décès à moto et en scooter.

En 2024, 440 utilisateurs de deux-roues motorisés sont morts sur des routes situées hors agglomération, soit 61 % des décès de cette catégorie.

En comparaison, 231 ont été tués en agglomération.

Les routes rurales et interurbaines permettent généralement des vitesses supérieures à celles pratiquées en ville. Virages, intersections, différences de vitesse entre véhicules ou sorties de route peuvent également augmenter la gravité d’un accident.

Le nombre d’accidents ne suffit donc pas à mesurer le risque : un territoire urbain peut enregistrer beaucoup de collisions tandis qu’une zone rurale moins accidentée en volume peut connaître des accidents beaucoup plus graves.

Marseille : près d’un véhicule accidenté sur quatre est un deux-roues motorisé

Certaines grandes villes offrent un autre visage de l’accidentalité des motos et scooters.

À Marseille, 959 accidents corporels ont été enregistrés en 2024, faisant 1 422 victimes et 43 morts.

Au total, 1 772 véhicules ont été impliqués dans ces accidents.

Parmi eux, 416 étaient des deux ou trois-roues motorisés, soit 23,5 % de l’ensemble des véhicules impliqués.

Les données détaillées sur les accidents de la route à Marseille montrent que les deux-roues motorisés arrivent juste derrière les voitures particulières, qui représentent 60,8 % des véhicules impliqués.

Attention cependant : être impliqué dans un accident ne signifie pas en être responsable. Ces données décrivent les véhicules présents dans les accidents corporels enregistrés par les forces de l’ordre.

Près de quatre décès sur dix surviennent sans tiers

Une voiture n’est d’ailleurs pas nécessairement impliquée dans un accident mortel de moto.

En 2024, 38 % des usagers de deux-roues motorisés tués sont décédés dans un accident sans tiers.

Une perte de contrôle, une sortie de route ou la collision avec un obstacle fixe peut suffire à provoquer des conséquences dramatiques.

Parmi les usagers de deux-roues motorisés décédés, 66 ont heurté un arbre ou un poteau et 68 une glissière de sécurité.

Ces données rappellent l’importance de l’environnement routier, notamment sur les itinéraires sinueux ou rapides.

Les hommes représentent 94 % des personnes tuées

Le profil des victimes est également très marqué.

En 2024, 94 % des usagers de deux-roues motorisés tués étaient des hommes.

Les jeunes adultes restent particulièrement exposés. Les 18-24 ans représentent seulement 8 % de la population française, mais 18 % des motocyclistes tués.

Une autre évolution apparaît cependant dans les données de long terme : entre 2010 et 2024, le nombre de décès parmi les 55-64 ans en deux-roues motorisés est passé de 49 à 111.

L’ONISR évoque notamment l’utilisation de motos lourdes, parfois après une longue interruption de la pratique.

Une vulnérabilité qui reste exceptionnelle dans la circulation française

Le bilan 2024 résume finalement l’enjeu en quelques chiffres : moins de 2 % du trafic motorisé, mais 23 % des morts et 32 % des blessés graves.

Cette disproportion ne signifie pas qu’un accident soit inévitable lorsqu’on circule à moto ou en scooter. Elle montre surtout à quel point les conséquences peuvent être lourdes lorsqu’il survient.

Équipements de protection, expérience, vitesse adaptée, visibilité, entretien du véhicule et anticipation des autres usagers restent donc essentiels.

Mais les statistiques rappellent aussi que la sécurité des motards ne dépend pas seulement de leur comportement : configuration des routes, obstacles latéraux, intersections et cohabitation avec les autres véhicules jouent eux aussi un rôle majeur.

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